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Echo-Développement
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N°
24 - Février 2003
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Sommet
de l'Africa Growth and Opportunity Act (AGOA)
Il
y a un prix à payer pour accéder au marché américain...
Le
deuxième Sommet de l'Africa Growth and Opportunity Act
(AGOA) s'est déroulé à Maurice du 16 au 21 janvier
2003... sans la présence de George W. Bush et de Colin
Powell retenus par la préparation de la guerre en Irak,
mais avec la participation de Robert Zoellick, secrétaire
d'état américain au Commerce. L'AGOA est une loi américaine
qui permet à 38 pays africains d'importer aux U.S.A., à
des conditions privilégiées, six mille produits jusqu’en
2008 ; voire au-delà comme l'a laissé entendre George W
Bush dans un message vidéo aux participants du Sommet de l'AGOA..
Ce
"privilège" a pourtant un prix. Les pays doivent
accepter de s’engager en faveur de la bonne gouvernance,
approfondir la démocratie et les droits de l’homme,
lutter contre la pauvreté et éliminer la corruption. Des
critères plutôt positifs pour le bien-être des peuples.
Mais d'autres sont plus difficiles à admettre comme
l'abandon de toute mesure protectionniste ou la livraison de
pans entiers de l'économie au secteur privé. D'autres critères
sont enfin carrément inacceptables aux yeux de beaucoup
d'hommes et de femmes qui refusent les hégémonismes d'où
qu'ils viennent. Un des critères d'éligibilité exige
notamment que les pays bénéficiaires de l'AGOA ne votent
pas contre les intérêts américains au sein des instances
internationales, dont les Nations unies et l'Organisation
Mondiale du Commerce. Il s'agit là, pour le Mauricien
Amédée Darga, membre du cabinet de conseil
Straconsult et représentant du gouvernement namibien à
Maurice, d'un “assujettissement de leur souveraineté en
matière de politique aux intérêts américains”.
Enfin certains économistes émettent quelques doutes
sur l'intérêt de cette disposition commerciale américaine,
compte-tenu des règles d'origine contraignantes comme
l'obligation pour les entreprises textiles d'utiliser du fil
produit aux U.S.A. ou dans un pays bénéficiaires de l'AGOA.
Par ailleurs, l'AGOA n'a pas fait décoller les
investissements américains en Afrique. Et pourtant, les
Investissements étrangers sont indispensables au développement
des pays africains. Cependant certains pays, notamment ceux
de la Southern African Customs Union (SACU) : Afrique du
Sud, Lesotho, Namibie, Swaziland... auxquels il convient
d'ajouter Maurice, tirent leur épingle du jeu. Mais à quel
prix ?
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De
la crainte de l'instrumentalisation à l'hostilité déclarée
A
côté du la conférence ministérielle de l'AGOA s'est déroulé
un Forum des O.N.G. de l'AGOA qui a rassemblé 150
participants. C'est aujourd'hui devenu une habitude,
presqu'un rite : chaque réunion internationale liée à l'économie,
du G7 à l'AGOA, est accompagnée d'une action de ce genre.
Elle marque pour certains une reconnaissance des ONG dans le
développement humain des peuples. Ce qui ne les empêche
pas de craindre une certaine instrumentalisation comme l'a
exprimé Satish Boolell, président de la Mauritius Council
Of Social Service (MACOSS)
qui rassemble près de 140 ONG mauriciennes.
D'autres, plus radicaux, parlent carrément de récupération,
voire de faire-valoir.
Femmes
Des
critiques vigoureuses...
Le
Forum des ONG a été ouvert par Ariane Navarre-Marie,
ministre mauricienne des Droits de la Femme et du Bien-Etre
de la Famille, au Centre Indira Gandhi pour la culture
indienne. Les organisations féminines ont certes été les
plus critiques. Vidula Nababsing (Université de Maurice) a
souligné que tout développement, pour être complet devait
prendre en compte les
difficultés des femmes qui ne disposent pas des mêmes
opportunités de formation que les hommes. et vivent
toujours des inégalités au sein du couple comme de la société.
Anne Thandeka Gebhart (Nazmibie), a noté que les ONG
devaient mieux décoder les législations de l'AGOA et mieux
en informer les femmes. Les organisations féminines, et
notamment la Mauritius Family Planning Association (M.F.P.A.)
ont également sévèrement critiqué le gouvernement américain
pour sa politique reproductive rétrograde, et notamment
pour la suppression de l'aide accordée aux organisations
internationales qui soutiennent l'avortement et militent en
faveur de la santé sexuelle. Le message a été clair et
sans concession.
Débat
La
place des ONG dans le développement
Les
ONG, tout le long du débat, ont pressé les politiques et
les opérateurs économiques de mettre l'Homme au centre du
développement. Vœu pieux ? Peut-être pas. Mais on peut
cependant être sceptique sur la place de l'Homme dans le développement
d'une politique ultralibérale. Cependant, sans doute
serait-il préjudiciable de ne pas tenter d'inverser les
choses ou du moins de les amender. “Pendant trop
longtemps, nous avons été tenues à l'écart du processus
des décisions et des discussions majeures. Pendant trop
longtemps, les opinions des ONG ont été ignorées, développant
un sentiment de mécontentement
parmi ceux qui avaient des choses à partager”, a
notamment déclaré Satish Boolell, président de la MACOSS.
Il a exprimé ses craintes de voir les ONG mises au service
des intérêts privés. Mais il a aussi souligné la capacité
des ONG, “seules capables de prendre en compte les problèmes
des hommes”. Il a attiré l'attention sur les risques de
voir les ONG, créées spécialement pour cela, jouer la
carte des multinationales. Ce qui ne manquerait pas d'entraîner
des réactions. Vijay Makhan, membre de la commission
travail et industrie de l'Union Africaine a souligné de son
côté qu'il était important
que “les ONG puissent développer leurs idées et
formuler des propositions pour le développement”. Pour
lui, ce forum leur offrait “une occasion de discuter et d'échanger
des idées sur l'engagement de la société civile dans le
processus de l'AGOA, d'identifier ses faiblesses et de
proposer des modifications”.
Sida
Un
problème majeur
Le
sida a également été l'objet d'interventions lors du
Forum des ONG. Il a notamment occupé une large place dans
l'intervention de Jim McDermott, père fondateur de l'AGOA.
Ce dernier a en effet estimé que “le principal problème
du monde n'était pas le terrorisme, mais le fléau du
sida”. Il l'a qualifié “de véritable catastrophe économique”,
soulignant que “dans les années quatre-vingt dix, le sida
a représenté un recul de 1 % à 2 % du Produit Intérieur
Brut (...) Un véritable déclin sur dix ans”.
Mise
en place d'un réseau des ONG
Assurer
le suivi de l'impact social de l'AGOA
Un
réseau des ONG chargé d'assurer le suivi de l'impact
social de l'AGOA a été mis en place à l'issue des trois
jours de travaux du Forum des ONG. Le secrétariat en sera
assuré conjointement par la Mauritius Council Of Social
Service (MACOSS) et la Foundation for Democracy in Africa
(F.D.A.). “Nous voulons veiller, à travers ce réseau
à ce que le développement social et économique soit plutôt
centré sur l'Homme que sur le profit, et que la femme et
l'enfant africains se sentent acteurs du processus”, a déclaré
Satish Boolell, Président de la MACOSS. Un propos conforté
par Fred Oladeinde, Président de la F.D.A. : “Ce réseau
est un tremplin important qui permettra à la société
civile d'influencer la politique commerciale américaine à
travers l'AGOA”. Les deux associations bénéficieront
pour remplir leur tâche de la collaboration d'un représentant
de l'Union Africaine (U.A.). Une solution médiane entre
ceux qui voulaient que l'U.A. participe pleinement au secrétariat
du réseau et ceux qui était contre cette proposition.
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Forum
des Peuples
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Le
début d'un mouvement de masse contre l'hégémonie
américaine
Une
trentaine d'associations de Maurice, d'Afrique du
Sud et de La Réunion ont participé, pendant deux
jours, en marge du Sommet de l'AGOA, au Forum des
Peuples. Le 14 janvier 2003, un contre-forum s'est
déroulé au Théâtre de Port-Louis. Il a été
ouvert par une chanson de Lélou Ménwar sur la
base de Diego-Garcia. Un sujet étrangement absent
du Forum officiel, mais qui a été largement évoqué
au cours du Forum des Peuples. “Le processus de
recolonisation de l'Afrique à travers l'AGOA” a
notamment été dénoncé. Le lendemain, une
marche pacifique a réuni un millier de personnes.
Un cortège dynamique hérissé de pancartes
portant les slogans scandés par les manifestants
: "AGOA menas nu drwa" - "AGOA nu
palé" - "Suiv politic amérikin nu pa
dakor" - "Nu péi pa vann" - "Rann
nu Diego" - Solidarité lo pèp palestinyin"
- "Solidarité lo pèp Lirak" - "Amérikin
kass so lérin" - "Africa not for
sale" - "The people united, will never
be defeated", etc.
A mi-chemin, la manifestation s'est arrêtée
devant l'ambassade des USA pour permettre à une délégation
de cinq personnes de remettre des documents
exprimant tous le rejet de la politique américaine
: pétition contre la guerre en Irak, document dénonçant
les conditionnalités d'adhésion à l'AGOA, etc.
A l'issue
de ce Forum du Peuple, les responsables pouvaient
se féliciter du succès de cette action qui a
montré qu'il existait dans la région un
mouvement contre l'ultralibéralisme. Il a également
mis en lumière l'engagement de certaines ONG dans
ce mouvement. Et on peut penser, comme Dale
McKinley du Social Indaba Movement d'Afrique du
Sud, que “cette manifestation marque le début
d'un mouvement de masse. Il ira en s'amplifiant
sur le continent africain et finira par faire
comprendre aux Etats-Unis que les peuples
n'acceptent ni les guerres, ni l'AGOA, ni le NEPAD
de M. Bush”.
Chagos
et l'AGOA
Cassam
Uteem : “De fortes réserves à propos de l'AGOA
et de son rapport avec Chagos...”
Le
Groupe Réfugiés Chagos (G.R.C.), en marge du
Forum de l'AGOA, a tenu une conférence de presse
qui a vu la participation d'Olivier Bancoult (président
du G.R.C..), Cassam Uteem, ancien président de la
république et Louis Mguni, haut-commissaire
sud-africain à Maurice. D'après le Mauricien du
18 janvier 2003, l'ancien président de la république
a souligné qu'au sein du G.R.C., “de fortes réserves
avaient été émises à propos de l'AGOA et de
son rapport avec l'affaire chagossienne”. Alors
que les bruits de bottes se font de plus en plus
fortes aux frontières de l'Irak, Cassam Uteem a
noté que l'on ne pouvait se résoudre à
accepter “qu'une partie de son territoire serve
à lancer des attaques”. Louis Mguni a réaffirmé
le soutien de l'Afrique du Sud et notamment celui
de Nelson Mandela à la cause chagossienne. “La
liberté de l'Afrique, a-t-il dit, ne sera complète
que lorsque nos frères Chagossiens auront recouvré
leurs droits”. Louis Mguni et Cassam Uteem ont
lancé un appel à un soutien international à la
cause des Chagossiens. Olivier Bancoult a rappelé
les souffrances des Ilois déportés des Chagoss
vers Maurice, entre 1966 et 1973, par les
britanniques qui avaient vendu l'archipel aux Américains.
Lesquels ont construit une base aérienne sur
Diego Garcia d'où les avions s'envolent pour
aller bombarder l'Irak. Par ailleurs, le parti
politique Lalit vient de publier un livre sur la
question des Chagoss : "Diego Garcia in times
of globalization".
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Ce bulletin édité par la Fédération Communautaire de
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Ville et Hauts est celui du développement local, de la coopération
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Directeurs de la publication :
Françoise Wong-Pin, Directrice du Centre de Ressources
Paul Hoarau, Président de
la F.C.O.I.
Ce bulletin de liaison est diffusé via courrier électronique
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Maurice : Ram Nookadee
Comores : Sitti Tafridja Sambaouma
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Rodrigues : Ruy Karl Allas
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