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La
F.C.O.I., à travers les coordinations fondatrices, rassemble trois
cent cinquante associations/Ongs intervenant dans les domaines du développement
local, de la solidarité, de la culture... dans les cinq pays de la
Commission de l'Océan Indien (Madagascar, Maurice, La Réunion
Seychelles et Union des Comores). Après une année de définition
des objectifs, de mise en place des structures, la F.C.O.I. a lancé
un premier appel à projets. Onze projets destinés répondant à
l'objectif de promouvoir
l'identité indianocéanique comme moteur d'une "coopération
communautaire" entre les îles seront examinés lors de
prochaines Rencontres aux Seychelles. Interview de Paul Hoarau, Président
de la F.C.O.I.
Quel
est le rôle de la Fédération Communautaire de l'Océan Indien ?
La
Fédération Communautaire de l'Océan Indien (F.C.O.I.) s'est donné
comme tâche de mobiliser les sociétés civiles des îles de la
zone et de sensibiliser les Etats pour promouvoir l'identité
indianocéanique comme moteur d'une "coopération
communautaire" entre les îles et comme ciment d'une future
"communauté" ou "union" indianocéanique.
Nous militons pour la reconnaissance de cette indianocéanité par
les Etats des pays qui en font partie et par la communauté
internationale.
L'"Indianocéanie" est le nom d'une réalité qui vit. Ce
nom devra remplacer la dénomination actuelle des "Iles du
Sud-Ouest de l'Océan Indien". Cette dénomination est de
l'ordre de l'enregistrement administratif permettant de classer un
dossier.
Comment
vous êtes vous organisé depuis que vous êtes passé de la
Fondation Communautaire de l'Océan Indien abritée par la Fondation
de France à la Fédération Communautaire de l'Océan Indien
?
La
Fondation Communautaire de l'Océan Indien abritée par la Fondation
de France a pris fin en septembre 2001, conformément aux
conventions passées. Nous avons dû prendre notre autonomie. Mais
les relations entre notre fédération actuelle et la grande
fondation française demeurent. En 2002 et 2003 nous fonctionnons grâce
à la Fondation de France. Et nous comptons beaucoup sur son aide
pour devenir, nous-mêmes, une fondation.
Si notre fédération est de droit de français, c'est parce qu'il
n'existe pas d'associations de droit international. Mais dans sa
composition et dans son fonctionnement, la F.C.O.I. est
internationale au niveau de l'Indianocéanie. Les délégués de la
F.C.O.I. dans chaque île où elle est implantée sont vice-présidents
de l'association, et les grandes décisions sont prises collégialement
entre les responsables de toutes les îles. Nous apprenons à
fonctionner quotidiennement ensemble, à distance.
La F.C.O.I., sous égide de la Fondation de France était composée
des coordinations d'associations qui l'avaient fondée. Ces
coordinations sont devenues, depuis nos rencontres d'avril 2002 à
Maurice, "des coordinations fondatrices" de la nouvelle fédération.
Mais celle-ci est ouverte à d'autres coordinations et à des
associations indépendantes. Et lors de nos prochaines rencontres
des Seychelles, il sera proposé d'ouvrir la fédération à des
personnes physiques et à des entreprises.
L'appel et lancé à tous ceux qui veulent participer avec nous à
la promotion de l'identité indianocéanique, à la pratique d'une
coopération communautaire, à la création de la future Union
Indianocéanique.
Combien
rassemblez-vous d'associations/Ongs, et dans combien d'îles ?
A
travers les coordinations fondatrices, la F.C.O.I. réunit,
actuellement, plus de 350 associations réparties sur Anjouan, la
Grande Comore, Madagascar (Antananarivo), La Réunion, les
Seychelles. Il est question d'implantations à Mayotte, à Rodrigues
et à Mohéli.
Où
en est le 1er appel à projets nouvelle manière ?
Nous
avons reçu onze propositions de projets. Aujourd'hui, sept projets
font l'objet d'une demande de subvention auprès des bailleurs de
fonds divers. Les quatre autres, dont deux sont importants par les
objectifs qu'ils se proposent, font l'objet de démarches en vue de
finaliser les dossiers.
Nous distinguons deux grandes catégories de projets : les projets
destinés à promouvoir l'identité indianocéanique d'une part, et
les projets destinés à améliorer les conditions de vie matérielles
et morales d'individus, de familles, de groupements constitués de
collectivités de base, dans une perspective de développement ; sur
les sept projets qui sont prêts aujourd'hui, quatre sont à placer
dans la première catégorie et trois dans la seconde.
L'ensemble des projets est présenté par la F.C.O.I. aux différents
bailleurs internationaux, nationaux, régionaux et locaux ; publics
et privés. Les bailleurs n'auront ainsi qu'un seul interlocuteur
pour les sept projets. Les subventions iront aux porteurs de
projets. Mais ceux-ci seront suivis, évalués par la fédération
qui sera co-responsable avec les porteurs de projets, vis-à-vis des
bailleurs.
Qu'attendez-vous
des 2èmes rencontres programmées aux Seychelles en mai prochain ?
Nous
attendons des deuxièmes rencontres aux Seychelles, tout d'abord de
nous connaître mieux entre nous, responsables de la F.C.O.I. Nous
nous découvrons quasiment chaque jour un peu plus, à distance à
travers nos échanges sur le fonctionnement et les actions de la
F.C.O.I. Les rencontres
des Seychelles vont nous permettre de faire le point, non plus à
travers des e-mails, des conversations téléphoniques et des
courriers postaux ; mais face à face autour d'une même table. Cela
est très important. Si nous en avions les moyens, nous nous
rencontrerions plus souvent.
Ces rencontres vont nous permettre d'échanger, de préciser, et de
publier ensemble nos objectifs et leurs contenus. Les choses, à cet
égard, ont fait des bonds de géant depuis Flic en Flac à Maurice
en 2002. La promotion de l'identité indianocéanique et les moyens
de l'assurer sont mieux définis, le concept de coopération
communautaire est plus précis, la construction d'une future Union
indianocéanique est plus franchement affichée. Nous débattrons de
tout cela et l'évaluerons au niveau des différentes délégations
aux Seychelles. Mais par dessus tout, les rencontres seront
l'expression physique de la réalité indianocéanique au niveau des
sociétés civiles que nous représentons. Un commencement de
l'union des peuples qui devra s'élargir d'année en année, appelée
à devenir partenaire d'une union des Etats.
Vous
parlez beaucoup d'indianocéanité. Que recouvre ce concept ?
L'Indianocéanité
est la base, le fondement, le socle culturel de la coopération
communautaire que nous voulons promouvoir pour constituer la future
Union indianocéanique. L'Indianocéanité concerne les pays représentés
au sein de la Commission de l'Océan Indien, (C.O.I.)
C'est ce patrimoine culturel issu de l'Histoire, de la politique, du
mouvement et des métissages des populations, des langues, etc. que
ces pays partagent entre eux dans un espace insulaire bien délimité
qui constitue l'Indianocéanité.
C'est ce patrimoine partagé qui fait que les peuples sont des
peuples réellement cousins et qui peut faire penser qu'il leur
serait possible et intéressant d'organiser entre eux, une union, un
partage de leurs ressources pour construire un avenir commun dans le
respect, bien entendu, des réalités nationales et locales
respectives des uns et des autres.
Dans cet esprit communautaire, possible en raison du socle culturel
commun, la coopération ne se passe plus entre pays riches qui
donnent et pays pauvres qui reçoivent ; mais entre peuples différents,
mais d'une même famille qui, tous, donnent selon leurs moyens et
qui, tous, reçoivent selon leurs besoins. Dans cet esprit et dans
ce fonctionnement communautaire,
l'objectif est le développement de l'Indianocéanie, globalement.
Les disparités actuelles des situations matérielles et morales
entre nos îles devront s'atténuer et, à terme, disparaître.
En
quoi la F.C.O.I. peut-elle permettre le développement de l'Indianocéanité
?
La
F.C.O.I. permettra le développement de l'Indianocéanité si elle réussit
à faire partager la vision communautaire que supposent l'Indianocéanie,
le concept d'Indianocéanité par les opinions publiques, les sociétés
civiles, les acteurs économiques, sociaux, culturels, les Etats
indianocéaniens et la communauté économique.
Ce patrimoine indianocéanien,
permettant aux pays qui le partagent de travailler plus étroitement
ensemble s'ils en ont la volonté, élargira les bases du développement
pour chacun d'eux : marchés intérieurs, échelle des moyens de
l'export, capacités de mises en valeur, désinsularisation, espaces
d'activités, poids de leur présence dans le monde, etc.
Avec leurs bases propres, les Etats de l'Union pourront mieux
négocier des aides extérieures dans le sens d'un développement
plus rapide et durable de
leur pays, unis au sein de la communauté, mais aussi dans le cadre
de négociations bilatérales.
Il faudrait cependant que les Etats se dotent de l'outil de cette
politique. Cet outil existe, c'est la C.O.I. Mais une autre C.O.I.
Les nouvelles orientations de la commission vont dans le bon sens,
mais pas suffisamment. La C.O.I. ne doit plus être ce qu'elle est
pratiquement devenue, une agence technique de mise en œuvre des
projets financés par l'Union européenne exclusivement.
L'entreprise est ambitieuse. Il est difficile, dans le cadre de cet
entretien, d'ouvrir toutes les perspectives. En tout état de cause,
il faudra avancer sûrement, donc progressivement, en s'armant de
patience, raison de plus pour s'y mettre sans trop attendre. |